L’arrivée

Dans le dernier billet je parlais de l’attente d’un petit renard. Finalement c’est à la date prévue qu’il s’est pointé le nez dans notre monde. Résultat de la détermination de sa maman et d’une longue ascension dans Vertmont-sur-le-Lac, du pouvoir des points de pression entre le pouce et l’index, ou de l’exactitude de la science et de ses nouveaux échos dating? Accoucher un samedi, quand une partie de la famille habite à des centaines de kilomètres, c’est plutôt pratique. Merci Émile-Antoine. J’aurais eu du mal à t’attendre plus longtemps.

«Accouché, c’est naturel…», «des milliers de femmes sont passées par là avant toi…», «tout ira bien…»

Au début de la grossesse je voulais entendre le récit de toutes mes amies qui avaient accouché avant moi, question de me faire à l’idée. Plus près du 29 janvier, j’ai eu de moins en moins envie de les écouter me parler des complications qu’elles avaient connues. Même la phrase «mais tu oublies tout après» n’avait rien de rassurant. Parce que ce n’est pas le «après» qui inquiète, c’est le «pendant».

Et puis tu vis toi aussi un de ces scénarios pas catastrophique mais pas idéal non plus, qui te rappelle que la vie et la mort se côtoient parfois. Et au bout d’un moment insoutenable, la mort quitte la pièce et la vie vient se blottir contre ton sein et tu te dis que c’était rien. Une petite magie, un petit renard qui te regarde, l’air curieux, et toi tu le fixes, pour ne pas voir l’aiguille qui referme son passage. Et le papa à côté de toi, qui vous admire avec tout l’amour du monde dans les yeux. Rien de plus beaux et de plus tendre, d’un côté comme de l’autre.

Finalement, ce n’est pas vrai qu’on oublie. Je n’ai rien oublié. Après coup je peux simplement dire que malgré tout ce n’était rien, sinon le plus grand jour de ma vie. Vraiment.

La halte hospitalière

Pendant deux jours on est pris en charge par un personnel en rotation. À chaque quart de travail, les méthodes changent. Plein de mains étrangères sur mes seins pour aider bébé à prendre sa bouchée. On rencontre la matrone de l’allaitement, celle qui croit au cathéter sur l’auriculaire, celle qui préfère la petite cuillère. On essaie toutes les positions. À la maison on testera même la méthode de la louve… vous essayerez pour voir!

Somewhere over the rainbow

Le retour à la maison avec notre renard, c’est à la fois un moment excitant et inquiétant. On se sent un peu dépourvu et laissé à nous même. Puis encore la magie qui s’invite cette fois-ci dans l’auto lorsque cette chanson commence:

On a l’impression d’être dans le film de notre vie et on attend la fin avant de descendre de la voiture. Cette chanson devient instantanément l’hymne de notre nouvelle petite famille. On rentre chez nous les yeux pleins d’eau et le cœur gonflé d’amour.

Ironique que cette chanson soit interprétée par un homme avec un problème de surpoids quand notre plus grand défi des prochains jours sera de forcer bébé à prendre le sein. Pas qu’il refuse de s’alimenter, mais les ports maman et bébé semblent incompatibles. Quelques jours encore avant de trouver la solution miracle et d’ajouter le mot «téterelle» à notre vocabulaire courant.

Mode d’emploi

On garde le guide d’utilisation du bébé pas trop loin (Le Guide Mieux Vivre, une belle ressource offerte gratuitement aux nouveaux parents). Au début on pense qu’on serait incapable d’en avoir plus d’un à la fois. On pense à notre amie et à ses petites jumelles, à ceux qui ont trois enfants, à ces adolescentes et ces femmes monoparentales qui doivent prendre soin d’un nouveau né. On reste perplexe.

La métamorphose

Deux jours plus tard, j’ai eu l’impression qu’on m’avait implanté une puce maman dans la tête. Je suis devenue un modèle d’organisation aléatoire™, basée principalement sur les besoins d’EABDC. Ma journée planifiée à la minute aléatoire près. Quand bébé se réveille faire x, ensuite y… Quand bébé dort faire ci, ensuite ça… Peux-tu t’occuper de ceci, cela… Pauvre chum!

Le papa dans tout ça

On ne parle pas assez du rôle du père dans toute cette affaire qu’est l’arrivée d’un nouveau né. Dans les livres on lui parle souvent pour lui rappeler qu’il devra être là pour appuyer la mère, qu’il peut accomplir certaines tâches et s’impliquer même si l’enfant est allaité. Il est toujours question du post-partum de la mère, mais où lit-on à propos des émotions et des défis du père? Bon, j’ai pas lu tous les livres, mais le discours ambiant n’est pas très prononcé sur les défis du père, sinon celui de «gérer les hormones de la mère»…

Le père doit prendre sa place, oui, mais quelle place? Ce n’est pas un peu frustrant pour un papa de ne pas pouvoir satisfaire son enfant en lui présentant le sein comme sa mère peut le faire? Est-ce que se faire demander de changer les couches quelques fois est un équivalent aussi satisfaisant? Ramasser la cuisine? Sortir faire les courses?

Oui, c’est éprouvant pour la mère cet accouchement et cette nécessité d’être toujours disponible pour nourrir bébé, mais pour le père aussi. Vivre avec une blonde épuisée et transformée (rappelez-vous l’implantation subite d’une puce maman dans son crane), mais aussi la peur, la fatigue, les émotions fortes, la transition vers une nouvelle vie, ça ne doit pas être évident à gérer d’un seul coup.

Enfin, on ne prépare pas assez les femmes à accepter que le père sera lui aussi dépassé par les événements. On veut que nos chums soient des héros immuables. Totalement dédiés à notre «post-partum» et jamais fatigué. La fatigue ça nous appartient, à nous qui allaitons à chaque deux heures, tandis qu’on entend ronfler à côté.

Puis on s’adapte. On se regarde les yeux pleins d’eau et on se trouve bons et beaux tous les trois. On s’aime encore plus que jamais. On fini par dormir une heure de plus et tout va beaucoup mieux.

Les sauces à spag

Les visites, plusieurs nous ont dit de s’en méfier, qu’elles épuisaient. Heureusement pour nous, même les journées où l’agenda d’EABDC a été le plus rempli, c’est toujours avec joie qu’on a accueilli famille et amis. Êtres sociables que nous sommes Carl-Frédéric et moi (et pas juste sur les réseaux sociaux de l’Internet, mais dans la vraie vie aussi!), à chaque fois c’était le plein d’amour et d’énergie. Les discussions avec nos invités étant une bonne façon d’évacuer nos émotions fortes des premiers jours de notre nouvelle vie de parents.

Les sauces à spag, les pains aux bananes et les soupes aux légumes nous ont donné des forces pour passer plus fort à travers cette première étape de la vie en famille.

La suite

Nos iPhones, nos applications photos, notre groupe EABDC et nos profils Facebook nous donnent envie de partager le quotidien de notre renard en direct de la forêt. On parlait souvent de lui en l’attendant. Maintenant qu’il est là on répond à tous les clichés des nouveaux parents.

Notre Émile-Antoine est le plus beau, le plus doux, le plus sucré, le plus intelligent et le meilleur. Mon chum est le meilleur père du monde et moi le plus gentille des mamans. On veut lui faire découvrir le monde, même si pour l’instant son champ de vision se limite à 30 cm devant son nez de renard.

Enfin, tout est en place pour lui donner ses racines et ses ailes.


12 Responses to “EABDC, 2 semaines plus tard”  

  1. 1 Andre

    J’ADORE ces photos! Felicitations a vous trois.

  2. 2 Vero.b

    Merci André! ;)

  3. 3 Yhoanis

    Félicitations encore Véro et continue de nous faire partager ces beaux moments que tu vis présentement. Tes mots, je crois, nous touchent tous. Malheureusement (:p) pour David, tes mots me rendent encore plus impatiente de pouvoir être maman, de qui sait, un futur mini-geek. Merci encore de partager cette belle expérience avec nous et avec un style d’écriture qui fait du bien à mes yeux :)

  4. 4 Vero.b

    C’est cool les mini-geeks! ;)

  5. 5 Jacinthe

    Wow Véronique!

    C’est super ce que tu as écris! C’est peut-être parce que je vis la même chose en même temps que toi… et aussi la fatigue :-) mais tu m’as mis la larme à l’oeil tellement c’est beau et vrai ce que tu décris.

  6. 6 sophie

    Attendrissant. Larmes mouillées ;-)
    C’était hier pour nous!
    Merci!

  7. 7 Carmen

    Mais quelle belle récitation! Tout se résume dans ce texte.
    Longue attente, je dirais un mal sans coeur, car il est vite oublié a la vue de ce petit être tant attendu et de toutes les joies qui nous font vivre jours apès jours par leurs nouvelles découvertes.
    Oufff que de bons moments avec du recule si vite passé
    Profitez-en pleinement car autant que le moment est intense présentement, autant qu il passe vite

    Pleins de bisous et d’amour
    Carmen xxxxxx

  8. 8 photosmax

    Très belles photos (ici et sur FB), très beau texte, profitez-en bien, mordez dedans, ce sont des moments qui passent à toute vitesse.

    J’ai bien hâte de lui voir la frimousse en personne.

  9. 9 Vero.b

    Ça me prendrait un bouton «j’aime» pour les commentaires, comme dans FB! ;)

  10. 10 Kim

    J’ai appris la nouvelle par la publication d’une magnifique photo sur Facebook. J’ignorais même que tu étais enceinte. Il y a longtemps qu’on ne s’est pas croisée… J’attends mon premier enfant et lire ce billet avec cette douce voix que je ne connaissais pas m’a fait énormément de bien. Je suis attendrie et ça calme mes inquiétudes de future maman.

    Félicitations pour cette belle famille!
    Au plaisir de te revoir.

  11. 11 Vero.b

    Merci pour ton mot Kim et félicitations!
    Je ne savais pas non plus que tu attendais un enfant!

    C’est pour bientôt?

  12. 12 Kim

    Pour septembre. J’ai encore le temps de m’y faire. ;)

Leave a Reply